A$AP Rocky vs Drake : quand “STOLE YA FLOW” rallume une rivalité latente
Dans le morceau « STOLE YA FLOW », extrait de l’album Don’t Be Dumb, A$AP Rocky signe l’une de ses attaques les plus directes à ce jour envers Drake. La punchline « First you stole my flow, so I stole your bitch » ne relève ni de l’ambiguïté ni du sous-entendu. Elle s’inscrit dans une tradition du rap où la confrontation verbale sert autant à régler des comptes qu’à affirmer une position artistique.
À travers cette phrase, Rocky remet au centre du débat une critique qu’il adresse depuis plusieurs années au rappeur canadien. Celle d’un artiste qui, pour maintenir son hégémonie, s’approprierait les codes esthétiques, les sonorités et parfois même l’imaginaire d’autres scènes et créateurs. Qu’il s’agisse de flows, d’univers visuels ou de références stylistiques liées à la mode, Drake est régulièrement accusé d’absorber les tendances émergentes pour les intégrer à sa propre machine créative, au risque d’en diluer l’authenticité.
Mais la force de la punchline ne réside pas uniquement dans la question artistique. La chute est clairement personnelle. En évoquant une relation intime, Rocky fait référence sans détour à Rihanna, figure centrale de la pop mondiale et compagne actuelle du rappeur new-yorkais, autrefois liée sentimentalement à Drake. Cette dimension transforme la critique musicale en provocation frontale et assumée qui dépasse le simple cadre du clash artistique pour toucher à l’ego et à l’histoire personnelle.
Ce choix n’est pas anodin. Dans une industrie où les conflits sont souvent masqués derrière des stratégies marketing ou des piques voilées, Rocky opte pour une franchise brutale. Il s’inscrit ainsi dans une posture de rappeur puriste, revendiquant une identité et une créativité qu’il estime menacées par une approche plus opportuniste de la culture hip hop. Le message est clair. L’appropriation des styles a un coût et ce coût peut se payer sur le terrain symbolique comme sur le plan personnel.
De son côté, Drake a longtemps cultivé une image de caméléon culturel, capable de s’adapter à toutes les scènes, de Toronto à Londres, d’Atlanta à Lagos. Une force pour certains, un défaut pour d’autres. Avec « STOLE YA FLOW », A$AP Rocky semble vouloir transformer cette critique diffuse en acte d’accusation public, cristallisant un ressentiment partagé par une partie de la communauté rap.
Reste à savoir si cette attaque provoquera une réponse directe du rappeur canadien ou si elle restera un coup d’éclat isolé. Une chose est certaine. A$AP Rocky ne cherche ni la réconciliation ni la nuance. Il réaffirme sa place, son statut et sa légitimité dans un rap game où l’originalité demeure la monnaie la plus précieuse.


































